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14/06/2016

SEP: SEP : un antihistaminique pourrait induire une remyélinisation

meyline.gifVancouver, Canada-- La clémastine, un anti-histaminique de première génération en vente libre aux Etats-Unis, mais non homologué en France, aurait la capacité d’initier un processus de remyélinisation chez des patients atteints de sclérose en plaques (SEP), selon un petit essai randomisé contrôlé contre placebo réalisé en double aveugle.

Les résultats ont été présentés lors du congrès annuel de l’American Academy of Neurology, AAN 2016 [1].

Il semble possible de réparer des lésions des cellules nerveuses dans la SEP en les remyélinisant --Dr Ari Green

L’étude montre que la clémastine utilisée à une dose légèrement supérieure à celle indiquée pour traiter les allergies, réduit le délai de transmission du nerf optique chez des patients atteints de SEP et d’une névrite optique démyélinisante chronique. Cette amélioration serait liée à un processus de remyélinisation.

« Nous sommes enthousiasmés par ces résultats », a commenté l’auteur principal de l’étude, le Dr Ari Green, directeur médical du centre de la SEP de l’Université de Californie San Francisco pourMedscape. « Il semble possible de réparer des lésions des cellules nerveuses dans la SEP en les remyélinisant. Nous avons appris que le cerveau ne peut pas se réparer mais, nos résultats suggèrent que ce n’est pas vrai. Cela pourrait avoir des conséquences pour beaucoup d’autres maladies neurodégénératives en dehors de la SEP. »

Une remyélinisation du nerf optique possible

L’étude transversale de phase 2 a comparé l’administration de clémastine deux fois par jour par rapport à celle d’un placebo chez 50 patients atteints de SEP et d’une névrite optique démyélinisante chronique.

Le critère primaire d’efficacité était le délai de latence des potentiels visuels évoqués (temps de transmission d’un signal de la rétine au cortex visuel).

Après 150 jours de suivi, le critère primaire était atteint chez les patients recevant la clémastine avec une réduction du temps de transmission du signal de 1,9 ms par œil (p=0,003).

« Une bonne myélinisation du nerf permet au signal de voyager plus vite. Dans une fibre non myélinisée, le signal est transmis à la vitesse d’1 m/s. En revanche, dans une fibre myélinisée, le signal est transmis à la vitesse de 100 m/s, soit 100 fois plus vite. La démyélinisation observée dans la névrite optique associée à la SEP peut retarder la transmission du signal de 30 à 50 ms. La clémastine semble restaurer une partie de cette perte », a expliqué le Dr Green.

D’un point de vue fonctionnel, les chercheurs ont également évalué l’acuité visuelle aux bas contrastes et observé une tendance à l’amélioration (P=0,089, NS).

En termes d’effets secondaires, la clémastine était associée à une légère accentuation de la fatigue (Inventaire multidimentionnel de la fatigue) ; p=0,017.


Le reflet de ce qui se passe au niveau du SNC

D’après le Dr Green, bien que cette étude se soit concentrée sur le nerf optique, les résultats sont probablement le reflet de ce qui se passe pour l’ensemble du système nerveux central. « Nous utilisons la vision pour tester le principe de remyélinisation. Observer le nerf optique est un bon début, car il est facilement accessible. Nous pensons, cependant, qu’il reflète ce qui se passe au niveau des nerfs de façon plus générale, qu’il agit comme un marqueur intermédiaire pour le reste du SNC. »

Comme la clémastine est un anticholinergique, il sera intéressant de voir si elle aggrave certains des symptômes de la SEP --Dr Lily Jung Henson
 Quelle place dans la vraie vie ?

En pratique ? L’orateur appelle à la prudence. « Je ne veux pas faire de fausses promesses. Je ne recommande pas aux patients atteints de SEP de prendre de la clémastine sur la base de ces seuls résultats. En revanche, s’ils le font, ils devraient le faire sous le contrôle d’un médecin et plutôt choisir de participer à une étude clinique ».

Interrogée par Medscape, le Dr Lily Jung Henson (chef du service de neurologie, Piedmont Healthcare, Atlanta) appelle, elle aussi, à mener de plus vastes études sur du plus long terme pour confirmer ces résultats. « Comme la clémastine est un anticholinergique, il sera intéressant de voir si elle aggrave certains des symptômes de la SEP, comme les troubles cognitifs, les difficultés de miction ou la constipation », ajoute-t-elle.

A ce jour, seul Biogen développe un agent connu sur le nom d’anti-LINGO qui a montré une certaine efficacité sur la remyélinisation. Le Dr Green a souligné que l’étude anti-LINGO, récemment publiée, avait inclus des patients en crise de névrite optique aiguë alors que la nouvelle étude semble montrer un bénéfice sur les NO chronique.

L’étude a été financée par l’Université de Californie, San Francisco.

Aude Lecrubier, Sue Hughes, Medscape. 05 mai 2016.

Quel rationnel biologique ?
Dans un premier temps, le potentiel de remyélinisation de la clémastine a été identifié par le Pr Jonah Chan et coll. (Université de Californie San Francisco) à partir de précurseurs d’oligodendrocytes (cellules fabriquant la myéline).

« Ces cellules précurseurs des oligodendrocytes sont présentes dans le cerveau mais ne semblent pas se différencier en oligodendrocytes », a expliqué le Dr Green. « Nous recherchons donc des agents capables de stimuler ces cellules pour qu’elles se différencient en oligodendrocytes et qu’elles produisent de la myéline pour réparer les neurones endommagés. Chan et coll. ont testé différents médicaments existants et trouver que la clémastine avait cette action. »

En parallèle, les chercheurs ont identifié le récepteur muscarinique spécifique par lequel la clémastine agit sur la différenciation des oligodendrocytes. Selon le Dr Green, il est probable que la molécule ne sature que partiellement le récepteur, ce qui expliquerait qu’il y ait un effet incomplet.

Les chercheurs s’intéressent d’ailleurs à d’autres récepteurs muscariniques qui auraient des effets similaires.

Enfin, parce que la clémastine agit aussi sur de nombreux autres types de récepteurs, les scientifiques cherchent à développer des nouveaux agents qui agiraient spécifiquement sur un récepteur muscarinique précis.

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